Lancée en 2020, l’Aprilia RS 660 a rebattu les cartes du segment des sportives moyennes en misant sur un bicylindre compact plutôt que sur un quatre-cylindres classique. Le pari s’est révélé payant : la moto a démocratisé l’accès à une partie-cycle et une électronique dignes d’une superbike, tout en restant accessible dès le permis A2 grâce à une version bridée. La génération 2025-2026, avec ses 105 ch et sa RS 660 Factory équipée de suspensions Öhlins, confirme cette position de référence sur le segment.

Un bicylindre pensé pour le plaisir plus que pour la fiche technique
Le cœur de la RS 660 est un bicylindre parallèle de 659 cm³ à 4 soupapes par cylindre, dérivé de la moitié avant du V4 qui équipe la RSV4. Sur le millésime actuel, il développe 105 ch, contre 100 ch sur les premières versions commercialisées entre 2020 et 2024, une évolution obtenue notamment grâce à l’agrandissement des corps de papillon, passés de 48 à 52 mm. Le couple culmine autour de 67 Nm à un régime intermédiaire, loin des sommations vertigineuses d’un quatre-cylindres, mais avec une linéarité qui rend la moto exploitable sans devoir grimper systématiquement dans les tours.
Cette architecture bicylindre a un autre mérite : elle limite le poids et la complexité mécanique par rapport à un moteur à quatre cylindres en ligne. Résultat, la RS 660 affiche un poids en ordre de marche d’environ 183 kg, un chiffre qui la place parmi les sportives moyennes les plus légères du marché.
RS 660 et RS 660 Factory : deux profils, une seule base
La gamme se décline en deux niveaux de finition. La RS 660 de base s’appuie sur une fourche inversée Kayaba de 41 mm et un amortisseur arrière réglable en précharge et détente, un compromis pensé pour un usage routier polyvalent. La RS 660 Factory monte en gamme avec une fourche Öhlins NIX 30 de 43 mm et un amortisseur Öhlins STX 46 à réservoir séparé, tous deux entièrement réglables en précharge, compression et détente. Elle reçoit également un pack Track avec afficheur course, chronomètre au tour, modes de pilotage supplémentaires, launch control et limiteur de vitesse en pitlane.
Sur le plan visuel, la Factory se distingue par une selle bicolore et une livrée spécifique, noire sur les flancs et rouge sur la partie supérieure du réservoir. Ces évolutions esthétiques et de suspension justifient l’écart de prix entre les deux versions.
Fiche technique synthétique
| Caractéristique | RS 660 | RS 660 Factory |
|---|---|---|
| Moteur | Bicylindre parallèle, 659 cm³ | Bicylindre parallèle, 659 cm³ |
| Puissance | 105 ch | 105 ch |
| Couple maxi | environ 67 Nm | environ 67 Nm |
| Poids en ordre de marche | environ 183 kg | environ 183 kg |
| Suspensions | Kayaba (fourche et amortisseur réglables) | Öhlins NIX 30 / STX 46 |
| Freins avant | double disque Brembo 320 mm, ABS Cornering | double disque Brembo 320 mm, ABS Cornering |
| Hauteur de selle | 820 mm | 820 mm |
| Réservoir | 15 litres | 15 litres |
| Vitesse maxi | environ 240 km/h | environ 240 km/h |
| Prix France | à partir d’environ 11 799 € | à partir d’environ 13 999 € |
Ces tarifs correspondent aux prix catalogue constatés pour le millésime actuel et peuvent varier selon les coloris et les promotions en concession.
Une électronique complète pour la catégorie
La RS 660 embarque une centrale inertielle à six axes qui pilote l’ABS Cornering, le contrôle de traction et le contrôle de cabrage, avec plusieurs niveaux d’intervention réglables. Le tableau de bord TFT de 5 pouces reprend une partie de l’ergonomie de la RSV4, avec plusieurs modes d’affichage selon un usage route ou circuit. Le régulateur de vitesse et les commandes rétro-éclairées complètent un équipement rare à ce niveau de gamme il y a encore quelques années.
Accessible dès le permis A2
Point clé pour de nombreux acheteurs, Aprilia propose une version bridée à 35 kW conforme à la réglementation du permis A2. Cette déclinaison conserve l’intégralité de la partie-cycle et de l’électronique de la version pleine puissance, seule la cartographie moteur étant modifiée pour respecter le plafond réglementaire. Un jeune motard peut ainsi rouler sur la même base mécanique qu’un pilote titulaire du permis A, avant de faire débrider sa moto chez un concessionnaire agréé une fois le permis A obtenu. Ce principe se retrouve chez plusieurs concurrentes directes, comme la Yamaha YZF-R7, également disponible en version 35 kW pour les jeunes permis.
Sur la route
Le comportement de la RS 660 tranche avec l’image parfois intimidante des sportives pures. La position de conduite reste engagée, mais moins extrême qu’une Panigale ou qu’une R1 : le buste est moins couché, les repose-pieds moins reculés, ce qui rend la moto beaucoup plus vivable au quotidien, y compris en trajet urbain. Le bicylindre, souple dès les bas régimes, dispense de devoir sans cesse rétrograder pour retrouver de l’allonge, un point appréciable pour un usage mixte ville et route.
Sur route sinueuse, la légèreté de l’ensemble se fait sentir immédiatement : les changements d’angle demandent peu d’effort, et la précision du train avant inspire confiance dès les premiers kilomètres. La version Factory, grâce à ses suspensions Öhlins, encaisse mieux les enchaînements rapides et les sollicitations de trackday, là où la version de base montre ses limites dès que le rythme s’élève franchement.
Pour quel motard
La RS 660 s’adresse à un profil précis : un motard qui veut une vraie sportive, avec le confort et l’accessibilité nécessaires pour un usage quotidien. Elle conviendra particulièrement à un jeune permis A2 en quête d’une machine évolutive, capable de le suivre plusieurs années après le débridage, ou à un motard expérimenté qui recherche une sportive légère et maniable sans les contraintes d’un quatre-cylindres poussé. Un usage exclusivement autoroutier ou une recherche de confort de type routière l’orienteront en revanche vers d’autres catégories, comme un roadster ou une GT.
Face à la concurrence
Sur le segment des sportives moyennes A2, la RS 660 affronte directement la Yamaha YZF-R7, moins sophistiquée électroniquement mais reconnue pour sa simplicité mécanique, ainsi que la Kawasaki Ninja 500 et la Honda CBR650R, positionnées sur un rapport prix-accessibilité différent. Face à ces rivales, l’Aprilia se distingue par la richesse de son électronique embarquée et par un châssis hérité directement du savoir-faire course de la marque de Noale, au prix d’un tarif d’entrée plus élevé.
Entretien et suivi
Le bicylindre de la RS 660 profite d’intervalles de révision proches de ceux d’un roadster de cylindrée comparable, sans les contraintes spécifiques d’un moteur à quatre cylindres à haut régime. Les pneus, en revanche, restent un poste de dépense à anticiper dès lors que la moto est utilisée sur un rythme soutenu ou en trackday, les gommes sportives s’usant plus rapidement que sur une utilisation routière classique. Comme pour toute sportive de ce niveau, il convient de vérifier régulièrement l’état de la chaîne et le jeu de la direction, sollicités par la position de conduite engagée et l’usage parfois musclé auquel la moto invite naturellement.
À propos de Lucas Morel
Journaliste moto indépendant et passionné depuis l'adolescence. Titulaire du permis A depuis 2014, Lucas a roulé sur une dizaine de machines différentes, du roadster à la sportive. Amateur de voyages à moto et d'équipement technique, il teste régulièrement casques, intercoms, pneus et accessoires. Sa ligne éditoriale privilégie les essais terrain, les comparatifs détaillés et les conseils pratiques pour aider les motards à faire les bons choix.
« Plus qu'un équipement, une moto est une façon de vivre. »