Niché dans les collines boisées de Styrie, à une heure de route de Graz, le Red Bull Ring n’a rien d’un circuit comme les autres. Peu de tracés du calendrier MotoGP peuvent se targuer d’avoir changé trois fois de nom, fermé leurs portes pendant près d’une décennie, puis renaître sous la forme qu’on lui connaît aujourd’hui. Cette semaine encore, Pedro Acosta y a signé sa première victoire en catégorie reine, un nouveau chapitre dans l’histoire mouvementée de ce site.
L’Österreichring, un tracé trop rapide pour son époque
Le circuit ouvre ses portes en 1969 sous le nom d’Österreichring. À l’époque, c’est un tracé de 5,9 km taillé pour la vitesse pure : de longues courbes rapides prises en pleine charge, encaissées dans le relief montagneux, qui en font l’un des circuits les plus spectaculaires d’Europe. La Formule 1 s’y installe dès 1970 et y reste jusqu’en 1987, tandis que le Grand Prix moto d’Autriche y fait ses premières apparitions au sein du championnat du monde à partir de 1971, avant de migrer durablement vers le Salzburgring.
Mais cette vitesse a un prix. Les dégagements sont quasi inexistants sur plusieurs virages rapides, et le tracé accumule les accidents graves au fil des saisons, dont la mort du pilote Mark Donohue en 1975. Les normes de sécurité se durcissent, l’Österreichring peine à s’y conformer, et la tension culmine en 1987 quand le Grand Prix de Formule 1 doit être donné à deux reprises après un accrochage massif au premier départ. Cette édition sera la dernière : le circuit ferme ses portes aux compétitions internationales.
L’A1-Ring, une renaissance en pointillés
Il faudra attendre le milieu des années 1990 pour voir le site renaître. L’architecte Hermann Tilke, déjà connu pour ses refontes de circuits, redessine le tracé : la longueur passe de 5,9 à 4,3 km, les longues courbes rapides laissent place à des virages plus lents et plus propices aux dépassements. Rebaptisé A1-Ring, du nom de l’opérateur télécom autrichien qui lui donne son nom commercial, le circuit accueille de nouveau la Formule 1 de 1997 à 2003, et la moto y fait un bref retour en 1996 et 1997.
L’aventure tourne pourtant court. Faute de rentabilité suffisante, l’A1-Ring perd son Grand Prix de F1 après 2003, puis sombre dans un long sommeil. Des travaux de démolition partielle sont même entamés sur les stands et la tribune principale au milieu des années 2000, avant d’être stoppés faute de financement. Pendant plusieurs années, le circuit reste à l’abandon, ses installations envahies par la végétation, symbole d’un site que plus personne ne semble vouloir sauver.
Dietrich Mateschitz rachète le circuit à l’abandon
Le sauvetage vient d’un homme d’affaires autrichien bien connu du sport automobile : Dietrich Mateschitz, fondateur de Red Bull. Sa société rachète le site et investit environ 70 millions d’euros pour le reconstruire, en conservant globalement le tracé de l’A1-Ring. Rebaptisé Red Bull Ring, le circuit rouvre ses portes le 15 mai 2011, avec des infrastructures neuves et l’ambition assumée de retrouver une place sur les plus grandes grilles internationales.
La Formule 1 revient dès 2014. La moto, elle, doit patienter deux ans de plus : le MotoGP fait son retour officiel sur le site en 2016, marquant les retrouvailles du championnat du monde avec l’Autriche après une absence de près de vingt ans sur ce tracé précis. Depuis, le Red Bull Ring est devenu l’un des rendez-vous incontournables de la saison, porté par une ambiance de plein air unique, la silhouette du Taureau de Spielberg haut de 18 mètres qui domine le paddock, et l’aile architecturale voestalpine qui surplombe le dernier virage.
Un tracé qui a longtemps souri à Ducati
Sur la piste, le Red Bull Ring s’est taillé une réputation bien particulière depuis le retour du MotoGP en 2016 : ses longues lignes droites entrecoupées de freinages appuyés ont longtemps constitué un terrain de jeu idéal pour les Ducati, capables d’exploiter leur puissance moteur avant de freiner tard dans les épingles du haut du tracé. Cette dominance historique rend d’autant plus marquant le succès de Pedro Acosta ce week-end, sur une KTM qui n’avait plus goûté à la victoire en catégorie reine depuis 2022.
Le circuit autrichien a également hébergé son lot de moments marquants côté deux-roues : luttes au coude à coude dans l’avant-dernier virage, dépassements au freinage dans la ligne droite principale, et une ambiance de public toujours acquise à la cause de la marque locale. Autant d’ingrédients qui expliquent pourquoi, malgré une histoire semée d’embûches, ce bout de Styrie reste aujourd’hui l’un des tracés préférés du paddock.
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À propos de Camille Bernard
Passionnée de deux-roues et de mécanique, Camille a découvert l'univers moto sur circuit avant de se tourner vers le journalisme spécialisé. Elle suit particulièrement l'actualité des constructeurs, les nouveautés équipement et les évolutions réglementaires. Son approche se veut accessible, précise et orientée vers les besoins des motards du quotidien.
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