Chaque printemps, le circuit Bugatti s’illumine pendant vingt-quatre heures d’affilée. Les stands tournent sans interruption, les motos défilent sous les projecteurs en pleine nuit, et des dizaines de milliers de spectateurs campent autour du tracé pour ne rien manquer du spectacle. En 2027, l’épreuve soufflera ses 50 bougies. L’occasion de revenir sur l’histoire d’une course née, à l’origine, pour combler un vide laissé par sa grande rivale.
1978 : une course créée pour remplacer le Bol d’Or
Jusqu’en 1977, le circuit Bugatti accueillait le Bol d’Or, référence historique de l’endurance moto française depuis 1922. Quand l’épreuve déménage au Castellet en 1978, l’Automobile Club de l’Ouest, déjà organisateur des 24 Heures du Mans automobile, décide de combler ce vide en lançant sa propre course de vingt-quatre heures réservée aux motos. Le magazine Moto Journal s’associe au projet.
La première édition se dispute les 28 et 29 avril 1978, sur un tracé de 4,240 kilomètres, sous une chaleur écrasante. Deux catégories sont au programme : les prototypes et les silhouettes, ces machines dérivées de la production en série. La victoire revient à une Honda RCB pilotée par Christian Léon et Jean-Claude Chemarin, qui signeront d’ailleurs un doublé l’année suivante. Un symbole fort puisque, un demi-siècle plus tard, l’affiche officielle de la 50e édition réunira justement Christian Léon et les vainqueurs de 2026.
Un plateau qui n’a cessé de monter en puissance
Les premières années posent les bases d’un format resté globalement stable depuis : des équipages de plusieurs pilotes qui se relaient jour et nuit, des stands qui ne ferment jamais, et un classement qui se joue autant sur la fiabilité mécanique que sur la vitesse pure. Le nombre de tours bouclés en vingt-quatre heures n’a cessé de grimper à mesure que les machines gagnaient en performance : la Suzuki GSX-R1000 victorieuse en 2014 avait parcouru 812 tours à une moyenne de 141,592 km/h, un rythme que les plateaux récents ont encore dépassé.
Le palmarès par marque raconte à lui seul la domination japonaise sur l’épreuve.
| Marque | Victoires (historique) |
|---|---|
| Kawasaki | 13 |
| Suzuki | 12 |
| Honda | 11 |
| Yamaha | 6 (après 2026) |
Le Suzuki Endurance Racing Team, fondé en 1980 et devenu depuis l’une des structures les plus titrées de l’endurance mondiale, incarne cette continuité. Côté pilotes, Gérard Jolivet détient le record absolu avec 25 participations, quand Alex Vieira et Grégory Leblanc partagent le record de victoires individuelles, avec cinq succès chacun.
Le règne récent du YART Yamaha
Les dernières éditions ont vu émerger une équipe venue d’Autriche. Le YART Yamaha Official EWC Team s’impose en 2026 pour la deuxième année consécutive, avec Karel Hanika, Marvin Fritz et Leandro Mercado aux commandes de la Yamaha YZF-R1 numéro 1. Partis en pole position après un tour de qualification record signé Hanika, les trois pilotes bouclent 859 tours et devancent le Yoshimura SERT Motul ainsi que le Kawasaki Webike Trickstar. Cette victoire, la sixième de Yamaha au Mans et la troisième de l’histoire du team autrichien, s’accompagne de la prise de tête du championnat du monde d’endurance dès la première manche de la saison.
L’édition 2026 a par ailleurs établi un nouveau record d’affluence, avec 76 700 spectateurs venus vivre la course sur place, confirmant que l’épreuve n’a jamais autant attiré le public qu’aujourd’hui.
2027 : un jubilé qui s’offre un nouveau format
Pour ses 50 ans, la course change de dimension. Le programme s’étend désormais dès le jeudi après-midi, avec des animations nocturnes et une soirée de gala le vendredi pour célébrer l’anniversaire. Surtout, les Coupes Moto Légende rejoignent l’évènement : quatre catégories de motos historiques couvrant la période 1950-2000 animeront seize sessions sur piste, dont deux disputées de nuit, dans un village entièrement dédié aux machines d’époque.
Une course à part dans le paysage moto français
Avec le Bol d’Or et les 8 Heures de Suzuka, les 24 Heures Motos forment le socle du championnat du monde d’endurance FIM. Mais l’épreuve mancelle conserve une identité propre : son format sur quatre jours, sa parade en centre-ville devant la cathédrale du Mans et sa proximité historique avec les 24 Heures du Mans automobile en font un rendez-vous hybride, entre sport mécanique et culture populaire. Cinquante ans après la première victoire de Christian Léon, la course continue de prouver qu’une nuit entière sur un circuit peut encore faire vibrer des dizaines de milliers de passionnés.
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À propos de Lucas Morel
Journaliste moto indépendant et passionné depuis l'adolescence. Titulaire du permis A depuis 2014, Lucas a roulé sur une dizaine de machines différentes, du roadster à la sportive. Amateur de voyages à moto et d'équipement technique, il teste régulièrement casques, intercoms, pneus et accessoires. Sa ligne éditoriale privilégie les essais terrain, les comparatifs détaillés et les conseils pratiques pour aider les motards à faire les bons choix.
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